19 octobre 2007

Le rap selon TF1... et la contre enquête de Vincent Berthe (Rap Mag)

Quand TF1 dérape, cela donne un pseudo reportage-documentaire navrant avec une seule logique, faire de l'audimat sur la peur, quitte à essayer de faire rentrer des carrés dans des ronds et à s'emmêler les pinceaux dans leurs sources.

Pour ceux qui n'aurais pas vu ce reportage de 6 minutes extrait de l'émission 50minuteinside, voici la vidéo


Le rap selon TF1
envoyé par LalieW

Ce reportage à été diffusé le 15 septembre 07 et une 6 jours plus tard, une contre-enquête à été réalisée par Vincent Berthe, journaliste à Rap Mag (oui vous avez bien lu, comme quoi, ils ne sont pas aussi mauvais qu'on le prétend)

voici l'article :

Rap sur TF1 : chronique d’un reportage bâclé

21 septembre 2007

Le 15 septembre dernier, l’émission “50mn Inside”, sur TF1, consacre l’un de ses reportages à la question “Le rap français a-t-il pété les plombs ?”. S’appuyant sur les récents démêlés entre Booba et Sinik, mais également entre MC Jean Gab’1, Rohff et Kery James, l’émission s’interroge sur ce qu’elle nomme “les dérapages du rap français”. En résulte une enquête contestable sur bien des points. Explications.

Du rap sur la première chaîne nationale à une heure de grande écoute, on pourrait sans mal s’en féliciter. Une belle réponse à ceux qui pensent que cette musique, malgré sa popularité, reste le parent pauvre du PAF. Point de vue légitime, mais vite contrarié au vu du reportage passé dans “50mn Inside”, magazine qui entend “décrypter l’actualité people”. Il est un peu plus de 18H45 donc, lorsque Sandrine Quétier et Nikos Aliagas, les deux présentateurs, lancent l’épineux sujet. Et autant dire que leur présentation colle parfaitement à l’intitulé de ce dernier “La guerre du rap”. Extraits: “La tension est montée d’un cran entre bandes rivales”, “règlements de comptes, prison, intimidation et armes à feu”

Des sources non vérifiées

Bien calé devant la télé, on fronce déjà les sourcils, se demandant comment ils vont pouvoir étayer d’aussi alléchantes allégations. Exemple choc à l’appui, l’ouverture de cette enquête menée par la journaliste Stéphanie Marteau donne incontestablement le ton. Tirs de mitraillette dans une cave de cité et interview d’un homme cagoulé que la voix-off qualifie de rappeur. Des images non pas filmées par l’équipe de TF1 mais tirées du DVD “Reality Mag 2” dont la sortie commerciale n’est prévue qu’en octobre prochain. Un début en fanfare qui pose problème, puisque la journaliste reconnaît ne pas avoir vérifié, “par faute de temps”, la véracité des faits. “En vérité, nous ne savons pas qui sont réellement les gens présents”, résume-t-elle, “nous n’avons pas enquêté mais plutôt fait confiance aux auteurs du DVD qui font bien partie du milieu du rap.” Sans mettre en doute la probité de “Reality Mag”, difficile de ne pas regretter cette absence de clarification.

Des sources sans autorisation et hors de propos

Mais si là était la seule incohérence de ce reportage de 6 minutes ! Après vérification, elles se révèlent nombreuses. Premier point qui n’est pas sans importance, excepté “Reality Mag”, de nombreuses images sont issues soit de l’émission sur DVD “Street Live” soit du site Booska-p. Selon nos informations, concernant ces deux médias, aucune demande d’autorisation de diffusion n’a été faite par TF1. Sinaï, présentateur et producteur de “Street Live”, ne décolère pas : “C’est un truc de malade mental ! Certains rappeurs m’ont appelé pour me prévenir et me demander des explications. TF1 utilise mes images pour aller totalement à l’encontre de ce que je fais et ce que je décris dans mon émission.” Ces extraits, montrant un grand nombre de rappeurs dont certains n’ont strictement rien à voir avec les beefs en cours, laissent clairement entendre que l’ensemble de la scène française répondrait à l’alternative suivante, ainsi formulée par “50mn Inside” : “Est-on face à une flambée de violence où s’agit-il simplement d’une stratégie marketing destinée à vendre plus de disques ?” Une confusion flagrante, ce que ne nie pas Stéphanie Marteau : “L’amalgame est évident pour quelqu’un qui connaît bien cette musique”. Pourquoi alors de telles approximations ? La réponse de l’intéressée laisse songeur : “Parce que le téléspectateur de base à TF1, lui, ne les voit pas.”

Des sources tronquées

Ce que le cher téléspectateur comprend par contre, c’est que nombre de rappeurs sont manifestement calibrés en permanence ! Micro dans une main, flingue dans l’autre, tels sont présentés grossièrement nos MC nationaux. Stéphanie Marteau s’en défend (“Ok, ils jouent avec leur image de méchant dans un but marketing, mais on sait que la plupart sont rangés des voitures et ne sont pas des mauvais bougres”) mais insiste dans la foulée sur les présumés “liens entre des acteurs du rap français et des membres du grand banditisme”. Une ambiguïté qui se retrouve clairement dans son reportage : réelle violence ou bluff ? N’attendez pas de son sujet qu’il donne une réponse précise. Ce serait le vider de sa substance. Bref, des rappeurs, des armes et la banlieue. Le tiercé gagnant, de quoi faire frémir dans les chaumières. Sur ce point, les témoignages des rappeurs Layone et Alibi Montana font foi. Sauf que… Là aussi le travail mené par la journaliste de TF1 ne paraît pas exempt de tout reproche. L’intervention de Layone, extrait d’une interview donnée non à TF1 mais à “Reality Mag”, est ainsi, selon les propres dires de l’intéressé, “totalement coupée de son contexte”. Résultat immédiat ? Une phrase qui change totalement de sens.

Des sources mécontentes

Même technique, semble-t-il, concernant Alibi Montana, lui qui, pourtant, fut réellement interviewé par Stéphanie Marteau. Son témoignage que nous vous livrons d’une traite est, à ce titre, éloquent : “Ils m’ont prévenu qu’ils allaient me parler de mon album, mais aussi des clashs. Sur ce sujet, lorsqu’ils ont évoqué les beefs dans le rap français, je leur ai dit que cela ne me regardait pas. Ils m’ont demandé si des gars comme Rohff ou Booba étaient armés, je leur ai rétorqué que je ne savais pas. Ils se sont alors surtout intéressés à ma période d’incarcération, à mon album écrit en prison ‘1260 jours’. Je leur ai répondu que j’avais pris trois ans et demi parce que j’avais tiré sur quelqu’un en état de légitime défense. Ils n’ont pas gardé, à l’image, cette dernière précision. Ils m’ont ensuite demandé si j’étais armé, je leur répondu que c’était surtout le cas avant ma carrière de rappeur. C’est une chose que tout le monde sait, je ne m’en cache pas. J’ai encore des armes aujourd’hui, mais je ne sors jamais avec. Je leur ai bien dit cela. Mais dans le sujet, c’est loin d’être clair. Tous mes propos ont l’air totalement gratuits. Du fait de leur montage, le sens diffère totalement, ça fout la rage. J’ai pourtant fait près de 45 minutes d’interview. Bon, qu’ils traitent d’un sujet comme celui-ci ne me gène pas, mais qu’ils aillent alors au bout des choses !”. Réponse fataliste de la journaliste incriminée qui affirme n’avoir disposé que de “trois jours pour enquêter” : “J’ai fait au mieux sur une chaîne comme TF1, avec 6 minutes d’antenne, et un sujet un peu chaud sur lequel peu de personnes ont désiré s’exprimer.”

Des sources mal identifiées

À entendre ce type de justification, on comprend bien la position de Vincent Demarthe, manager de Rohff et directeur du label Foolek Music. Ce dernier a ainsi refusé de répondre aux questions de “50mn Inside” : “Nous savions à l’avance que quelle que soit la nature de nos propos, ils seraient extraits de leur contexte, afin de faire du sensationnel et non un travail journalistique.” Les faits lui ont donné raison. Présenté comme un rappeur “réputé pour son goût pour les armes à feu”, Rohff n’a, il est vrai, pas été épargné par le reportage. Outre le fait que la journaliste rappelle à plaisir et en faisant des tonnes les raisons de son incarcération, elle fait une erreur manifeste concernant la chronologie des vidéos. Celle de Rohff diffusée par Booska-p ayant été filmée le 9 juillet dernier, elle ne peut en aucun cas être une réponse à l’intervention de MC Jean Gab’1, enregistrée après le 21 du même mois. Une fausse information, donc. Un fait qu’elle ne conteste pas, prétextant même “l’erreur de bonne foi”, et qui, selon elle, “n’a rien de dramatique dans l’absolu, car bien qu’il ne le cite pas nommément, il est clair que Rohff ici parle de Gab’1”.

Des souces à tarir ?

Une décontraction qui a de quoi laisser pantois et qui entache, tout de même, sérieusement la confiance que l’on peut avoir dans son travail. Décidé à ne pas faire de communiqué de démenti afin de “ne pas rentrer dans leur jeu et ne pas participer à cette mascarade médiatique”, Vincent Demarthe regrette néanmoins “la naïveté des gens qui pensent que TF1 peut faire un bon sujet sur le hip-hop.” Même son de cloche chez le journaliste Olivier Cachin, présent dans le reportage : “Avec cette chaîne, tu sais où t’es et où tu mets les pieds. Personnellement, je me reconnais dans mes propos, alors que je m’attendais à pire.” Et l’ex-présentateur de remarquer avec pertinence que ce genre d’émission est un “bel apprentissage de la responsabilité” : “Il faudrait que les mecs se rendent compte qu’ils vendent des disques et sont désormais populaires. Il est évident que les médias vont se pencher sur leur cas dès qu’ils franchissent la ligne”. Le manager de Rohff se montre lui plus amer : “À vouloir servir ses intérêts personnels, on nuit aux intérêts de l’ensemble. Et avec ces conneries, en donnant une image déplorable de notre mouvement, nous avons encore perdu des passionnés de hip-hop. C’est tout ce que l’on a gagné.” À méditer…

Par Vincent Berthe

source de l'article :

http://www.rapmag.fr/article.htm?method=view&ID=d17f2fc91525ce32011528e7cf3e000a

ps : méfiez-vous de la télévision ! et Bravo à M Berthe qui a mené une contre enquête et paufiner un article facile à lire et limpide à comprendre sur la manipulation de la journaliste...

Esperons tout de même que cela fera prendre conscience à tous les acteurs du milieu HH qu'il faut bien peser ses mots avant de les prononcer face à des mass-médias !!!

Posté par lasecousse à 18:22 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le rap selon TF1... et la contre enquête de Vincent Berthe (Rap Mag)

    J'avoue que la vidéo est assez stressante...
    TF1, un bon gros regroupement de chiens! Alimenter la peur, ça a toujours été leur fond de commerce.

    Le plus con dans le reportage, c'est de mettre tout le monde dans le même sac (on voit même Médine vite fait). Imagine...

    Et même, c'est bâclé, sale, un reportage bas de gamme.

    Posté par Pichichi, 19 octobre 2007 à 18:35 | | Répondre
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